« L’Amant fantasmatique » de Guy Bordin

En ouvrant L’Amant fantasmatique de Guy Bordin, j’ai commis une erreur : celle de penser qu’il s’agissait d’un ouvrage exclusivement érotique. Ayant tout juste achevé la lecture du livre, je me repentis : c’était bien plus que cela !

« Les Esquimaux croient en l’existence d’amants fantasmatiques. Le narrateur l’apprend de son cousin historien du Canada, dont il est discrètement épris, quelque temps après leur arrivée dans une maison isolée entre lande et forêt bretonnes, où tous deux se sont retirés pour travailler. Mais le séjour prend bientôt une tournure inattendue, avec d’hallucinantes flambées de désir, entre Finistère et étendues arctiques. »

Si les premières pages du roman m’ont effectivement conforté dans l’idée que le récit serait érotique – et de fait, il l’est ! –, je n’ai pas tardé à réaliser qu’il n’était pas question que de ça. L’Amant fantasmatique prend la forme d’un journal, ce qui nous donne accès aux pensées les plus intimes du narrateur. Il y couche ses fantasmes, ses rêves, et relate ses pratiques sexuelles, usant de descriptions crues, sans tabou. Malgré cette frivolité apparente, le lecteur dégourdi percevra à travers les lignes un malaise grandissant : quelque chose ne tourne pas rond chez ce narrateur. 

Très vite, sa passion secrète pour son cousin s’accroit, si bien que ses fantasmes le submergent. Ses désirs prennent le dessus, ses besoins insatiables hantent ses journées autant que ses nuits. À longueur de temps, il rêve d’une sexualité débridée, et ces rêves envahissent tant son quotidien qu’une question se pose : quelle est la part de réel et la part d’imaginaire dans son récit ?

C’est dans cette question que réside, selon moi, l’intérêt du roman. Cette frontière de plus en plus poreuse entre le rêve et la réalité m’a angoissé, dans une certaine mesure. Ce narrateur nourri de fantasmes prend, au fil du récit, des allures inquiétantes qui ont provoqué en moi un malaise. C’était le but de l’auteur, sans aucun doute ! Et c’est réussi. 

Le final m’a surpris et laissé songeur. Bien que l’on puisse être frustré de ne pas avoir de conclusion claire et de ne pas tout saisir, c’est souvent ainsi que se terminent les bons livres. Alors, acceptons de ne pas avoir tout compris – le narrateur lui-même comprend-il ce qui lui arrive ? Pas sûr ! – et laissons-nous porter. 

L’Amant fantasmatique brosse donc un beau portrait psychologique d’un personnage pour le moins particulier. En outre, la langue est belle et tout est bien documenté. Pas de surprise ici, sachant que l’auteur est ethnologue.

Une bonne lecture que je recommande !


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